Le cycle de vitraux de Déols

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1929–1933

Entre 1929 et 1932, l'atelier parisien Mauméjean Frères créa un cycle de vitraux d'une grande richesse pour l'église Notre-Dame de Déols. Ce cycle retrace les moments clés de la vie de la Vierge Marie et du Christ, de la Nativité et de l'Annonciation à la Visitation et au miracle de Cana, jusqu'à la Crucifixion, la Résurrection et le Couronnement de la Vierge.

Les vitraux mêlent des formes architecturales d'inspiration médiévale à la palette lumineuse et moderne de l'entre-deux-guerres. Des lignes noires affirmées, des drapés facettés et des rayons d'or rayonnants unifient le cycle, tandis que des bleus, des rouges et des violets intenses reflètent le langage chromatique caractéristique de l'atelier. Malgré quelques variations stylistiques, l'ensemble forme un programme liturgique et artistique cohérent.

 


 

Les Vitraux

Nativity
Nativité (1929)

Le premier vitrail du cycle donne le ton. Marie et Joseph accueillent l'Enfant Jésus dans une humble étable, illuminée par un éclat doré spectaculaire. Les rayons lumineux, les bleus vibrants et les drapés aux contours nets témoignent du style pleinement abouti de l'atelier à la fin des années 1920. Des anges se tiennent en adoration, tandis que le bœuf et l'âne sont rendus avec des détails chaleureux et expressifs.

Annunciation
Annonciation (1930)

Un décor architectural formel encadre l'apparition de l'ange Gabriel à Marie. Des sols carrelés et des colonnes cannelées ancrent la scène, tandis que des rayons dorés balayent le ciel, symbolisant l'intervention divine. Marie est agenouillée en prière tandis que Gabriel s'approche, ses ailes captant la même lumière. La clarté du dessin et le jeu subtil de la géométrie et de la lumière reflètent l'esthétique affirmée de Mauméjean dans l'entre-deux-guerres.

Visitation
Visitation (1930)

Ce vitrail s'éloigne du style plus anguleux et facetté de Mauméjean. Marie et Élisabeth s'embrasse dans une scène aux contours délicats, aux drapés arrondis et aux transitions de couleurs subtiles. L'arrière-plan, plus pictural et moins architectural que dans le reste du cycle, est réalisé par l'atelier Mauméjean. Son style distinctif suggère une origine extérieure ou un carton plus ancien. Sa chaleur et son lyrisme offrent un contraste harmonieux au sein de la série.

Wedding at Cana
Cana (1930)

Une composition animée représente le Christ changeant l'eau en vin lors des noces. Des personnages se rassemblent autour de l'action centrale, leurs gestes  gestes animés et expressifs. Les rouges et les bleus profonds dominent, et la superposition des servants et des vases crée un point focal vivant et narratif. Ce vitrail marque une évolution vers une narration plus dense au sein du cycle.

Coronation of the Virgin
Le couronnement de la Vierge (1931)

Dans un royaume céleste rayonnant, ce vitrail représente Marie couronnée par le Christ et Dieu le Père, sous le regard du Saint-Esprit. Des groupes d'anges emplissent les vitraux, créant un rythme de couleurs et d'ailes. L'harmonie des bleus et des violets et le mouvement ascendant de la composition relient les épisodes terrestres du cycle à leur apogée céleste.

Crucifixion
Crucifixion (1932)

Les couleurs dramatiques du ciel et les drapés aux angles marqués intensifient la force émotionnelle de ce vitrail. Le Christ est suspendu à la Croix sur un fond de nuages ??d'un violet profond, tandis que Marie, Jean et les spectateurs pleurent en contrebas. Les silhouettes géométriques de la ville au-delà des murs reflètent les tendances modernistes croissantes de l'atelier au début des années 1930.

Resurrection
Résurrection (1932)

TLe cycle atteint ici son apogée visuelle et émotionnelle. Le Christ se relève du tombeau dans une explosion de lumière rayonnante qui emplit la lancette de gauche. Des soldats sont affalés, endormis, leurs armures éparpillées au premier plan. La présence sereine de l'ange contraste avec les diagonales dynamiques de l'ascension du Christ. L'audace des couleurs et du mouvement illustre l'œuvre la plus expressive de Mauméjean durant l'entre-deux-guerres.


Évolution stylistique de la série (1929-1932)

Le cycle Déols témoigne d'une progression stylistique subtile sur quatre années de production.

1929-1930 : Clarté et structure

La Nativité et l'Annonciation définissent le langage stylistique de l'atelier à la fin des années 1920 : lignes nettes, encadrement architectural équilibré et utilisation maîtrisée de la lumière rayonnante. Ces vitraux sont structurés, lumineux et formels.

1930 : Une rupture singulière

La Visitation s'écarte de ce style. Ses contours plus doux, son modelé plus délicat et ses drapés arrondis contrastent avec le style plus anguleux de Mauméjean de l'entre-deux-guerres. Ce panneau reflète probablement une autre source de carton, illustrant la pratique collaborative et adaptable de l'atelier.

1930-1931 : Une densité narrative croissante

Les Noces de Cana et le Couronnement de la Vierge présentent une narration plus riche et une composition plus dynamique des figures. Les couleurs s'intensifient et les drapés gagnent en expressivité, préparant le terrain pour l'exaltation des vitraux ultérieurs.

1932 : Expansion émotionnelle et dramatique

La Crucifixion et la Résurrection témoignent de l'évolution stylistique la plus marquée : formes angulaires, ciels dramatiques et diagonales puissantes. La palette chromatique gagne en force et la lumière divine s'intensifie.