La période avant le 19ème siècle

Origines et naissance du vitrail gothique (XIIe siècle)
La France fut le berceau de la cathédrale gothique et, par là même, celui du vitrail comme forme d'art monumentale. Dès le début du XIIe siècle, les écrits théologiques de l'abbé Suger de Saint-Denis exposaient une vision de la lumière divine (lux nova) comme médium par lequel le monde matériel pouvait révéler la vérité spirituelle. Lors de la reconstruction de l'abbaye de Saint-Denis (vers 1140-1144), la vision de Suger se concrétisa : une lumière colorée inondait l'intérieur grâce à de vastes surfaces de vitraux, transformant l'architecture de pierre en un symbole rayonnant d'harmonie céleste.
Les vitraux de Saint-Denis, bientôt suivis par ceux de Chartres, du Mans et de Soissons, constituent le fondement de l'esthétique gothique – une synthèse de structure, de lumière et de théologie. Ces premiers vitraux utilisaient des verres en zamac aux couleurs profondes — bleus cobalt, rouges rubis, verts émeraude et pourpres — agencés en petits fragments complexes, maintenus par d'épais réseaux de baguettes de plomb. Les figures, monumentales, étaient encadrées de médaillons ou de quadrilobes, leurs contours soulignés d'une peinture vitreuse noire et animés par des touches de jaune argenté. Chaque panneau s'inscrivait dans un vaste programme biblique et symbolique, conçu pour instruire, inspirer et plonger le spectateur dans une vision de l'ordre divin.
Le gothique flamboyant : Chartres et au-delà (XIIIe siècle)
Le début du XIIIe siècle marque l'apogée du vitrail gothique français. Nulle part ailleurs cela ne s'exprime avec autant de force qu'à la cathédrale de Chartres (vers 1200-1235), dont les quelque 2 600 mètres carrés de vitraux conservés constituent l'ensemble de vitraux médiévaux le plus complet qui existe. L'intense bleu outremer de Chartres, les profonds rouges rubis et les cycles iconographiques complexes – de la Passion aux Travaux des mois – ont défini une norme imitée dans toute l'Europe.
D'autres grandes campagnes de vitraux ont suivi : Reims, Amiens, Bourges et la Sainte-Chapelle à Paris. Cette dernière, commandée par Louis IX entre 1242 et 1248 pour abriter la Couronne d'épines, incarne l'idéal gothique de la « maison de verre » – ses murs semblant se fondre dans des voiles verticaux de lumière colorée. Ici, le vitrail devient à la fois structure architecturale et expression théologique : le médium visible de la Jérusalem céleste.
Sur le plan technique, cette période a vu des perfectionnements dans le soufflage du verre, la peinture et la composition. Les verriers ont acquis une plus grande maîtrise des tonalités grâce à la superposition de verres métallisés (de fines couches de verre coloré fusionnées à du verre clair) et à l'utilisation précise de la teinture à l'argent pour obtenir des teintes dorées. Le métier s'est de plus en plus spécialisé, avec des ateliers dédiés fournissant les cathédrales et les monastères du royaume.
Les périodes rayonnante et flamboyante (XIVe-XVe siècles)
L'architecture gothique évoluant vers une plus grande finesse et une linéarité accrue, ses vitraux connurent également une évolution notable. Le style rayonnant du XIVe siècle, illustré à Saint-Ouen à Rouen et à Saint-Urbain à Troyes, privilégiait des harmonies tonales plus claires et des compositions plus aérées. Les figures devenaient plus naturalistes, leurs gestes gracieux et humains. Les bleus et rouges profonds, jadis prédominants, cédèrent la place à de plus larges aplats de verre blanc et pâle, accentuant la luminosité au sein de motifs de plus en plus élaborés.
Au XVe siècle, le gothique flamboyant introduisit une complexité encore plus grande. Dans des régions comme la Normandie, la Champagne et la Bourgogne, des ateliers développèrent des styles locaux distinctifs, alliant un dessin raffiné à une palette de couleurs somptueuse. L'iconographie de l'époque reflétait les courants dévotionnels de la piété de la fin du Moyen Âge — le culte de la Vierge, de la Passion et des saints — ainsi que l'importance croissante des portraits de donateurs et des symboles héraldiques. Les vitraux des cathédrales de Rouen, d'Évreux et de Troyes figurent parmi les plus beaux exemples de ce style gothique mature, caractérisé par des dais élaborés et une narration raffinée.
La Renaissance et la transition vers le vitrail figuratif (XVIe siècle)
Le début du XVIe siècle marque un tournant artistique majeur. Les idéaux de la Renaissance, tels que la perspective, les proportions et les formes classiques, se diffusent de l'Italie vers le nord. Les maîtres verriers français, notamment dans la Vallée de la Loire et en Champagne, s'imprègnent des innovations de la peinture et de la gravure contemporaines, produisant des œuvres remarquables d'un naturalisme et d'une clarté narrative.
Les ateliers de Troyes, Rouen, Chartres et Le Mans acquièrent une renommée pour leur maîtrise de ce nouveau style. Des artistes comme Valentin Bousch, Engrand Le Prince et Jean Cousin l'Ancien, redéfinissent le vitrail comme un médium pictural à part entière, utilisant des émaux et des pigments d'argent pour modeler la forme, la lumière et la texture avec un réalisme inédit. Des scènes bibliques sont représentées dans des décors architecturaux ou paysagers inspirés du vocabulaire italianisant de la Renaissance. Les draperies ondulent en plis rythmés ; les visages expriment émotions et individualité ; la perspective ouvre l'espace pictural sur des panoramas profonds.
À Saint-Gervais à Paris, à la cathédrale de Beauvais et à Sens, les vitraux de la Renaissance devinrent un vecteur de théologie humaniste et de mécénat royal. Dans la vallée de la Loire – à Tours, Vendôme et Le Mans – les grandes familles et les mécènes commandèrent des vitraux pour célébrer à la fois leur foi et leur lignée. Il en résulta une extraordinaire fusion de récit sacré et d'innovation artistique, marquant le dernier grand épanouissement du vitrail monumental avant les bouleversements des guerres de Religion et de la Contre-Réforme.
Héritage et Survie
La France possède le plus riche ensemble de vitraux médiévaux d'Europe, grâce à l'envergure de ses cathédrales gothiques et à la continuité du mécénat ecclésiastique. Malgré les dommages causés par la révolution, la guerre et le manque d'entretien, la conservation des ensembles de Chartres, Bourges, Troyes et Paris permet aux visiteurs d'aujourd'hui d'apprécier toute la palette des vitraux médiévaux et de la Renaissance, de l'abstraction mystique du XIIe siècle à la sophistication picturale du XVIe.
Au fil des siècles, le vitrail en France a évolué, passant d'une dimension théologique à un art pictural, d'une dévotion collective à une expression individuelle. Son but essentiel est cependant resté inchangé : transformer la matière du verre coloré en une image d'illumination spirituelle, une vision de la foi rayonnante de lumière.